Maintien du Prix de l’Huile d’Olive en Tunisie : Un soutien crucial

À l’approche du mois de ramadan 2024, une annonce éclate à travers tout le territoire tunisien : le prix de l’huile d’olive extra vierge sera fixé à 15 dinars le litre. Cette huile occupe une place centrale dans la gastronomie tunisienne et est indissociable de nombreux plats emblématiques de la cuisine locale, tels que le couscous, la salade méchouia ou encore les tajines. Cette mesure, saluée par de nombreux citoyens, reflète l’engagement du gouvernement à rendre accessible ce produit essentiel à tous, comme l’a confirmé le ministre de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche, Abdelmonem Belati.

Cette décision intervient à un moment propice, alors que la Tunisie connaît une production record d’huile d’olive, avec une estimation de 220 mille tonnes pour la saison 2023-2024. Les retombées financières issues de l’exportation de ce trésor national contribueront sans aucun doute à renforcer les réserves de devises du pays et c’est lors d’une réunion au Palais de Bardo, le ministre Belati a souligné l’importance capitale du respect des délais de récolte des olives, conformément aux directives du ministère de l’Agriculture. Des études ont démontré que tout retard dans cette opération pourrait avoir des répercussions dommageables sur la récolte de l’année suivante ce qui réjouit moins les producteurs.

j’ai eu l’opportunité unique de rencontrer l’un des plus éminents acteurs du secteur de l’huilerie. Mr.Sadfi Karim, dans cette interview exclusive, nous plongerons dans les coulisses de l’industrie de l’huile d’olive tunisienne, en discutant des défis, des réussites et des perspectives d’avenir.

Pouvez-vous nous parler de votre expérience dans le domaine de l’huilerie et de l’oléiculture en Tunisie ?

Je suis ravi de partager mon expérience dans le domaine de l’huilerie et de l’oléiculture. Depuis 1989, j’ai travaillé en tant qu’équipementier, collaborant notamment avec une multinationale , leader mondial dans la séparation centrifuge. De 1989 à 1995, j’ai participé à l’installation de plus de 250 huileries en Tunisie, avec deux collaborateurs. En 1996, j’ai lancé ma propre entreprise, TCA, Trade & Consulting Agency me concentrant sur la transformation des olives. De la préparation à la mise en bouteille, notre entreprise fournit des équipements et des services dans ce domaine. Au fil des années, nous avons étendu notre présence en dehors de la Tunisie, travaillant également au Maroc, en Algérie, en Libye, en Égypte, Italie, Le Sud de la France et au Qatar, notamment avec une société mixte tuniso-qatarie pour une ligne de mise en bouteille. Aujourd’hui, notre expertise dans le domaine de l’huile d’olive et de sa transformation ainsi que nos services de prestation et de conditionnement sont reconnus en Tunisie et au-delà.

Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels est confrontée l’industrie de l’huile d’olive en Tunisie ?

Les principaux défis actuels pour la Tunisie résident dans son secteur de l’huile d’olive. Il est important de noter que la Tunisie se classe comme le deuxième producteur mondial d’huile d’olive après l’Europe, bien que cela varie selon les années, L’Espagne en tête, avec l’Italie et la Grèce. Actuellement, le pays compte environ 1450 huileries, qu’elles soient modernes ou classiques. La capacité de transformation joue un rôle crucial dans la qualité de l’huile produite. Auparavant, les anciennes installations, souvent équipées de presses traditionnelles, avaient une capacité quotidienne limitée de 15 à 20 tonnes, ce qui entravait la transformation efficace et la production de meilleure qualité des olives. Depuis lors, la Tunisie est passée à des installations capables de traiter entre 100 et 120 tonnes par jour, ce qui se traduit par une amélioration notable de la qualité de l’huile produite.

Comment évaluez-vous l’initiative du gouvernement tunisien de maintenir le prix de l’huile d’olive à un niveau préférentiel pendant le ramadan 2024 ?

Pour le prix de l’huile d’olive, l’État devrait acheter directement aux producteurs au prix du marché, actuellement d’environ 22 dinars, puis subventionner le produit. Une partie du coût serait assumée par l’État, permettant ainsi de le proposer sur le marché à un prix plus abordable, soit 15 dinars. Cette approche serait avantageuse tant pour les producteurs que pour l’économie agricole dans son ensemble, et elle est déjà en place pour l’huile de graines. Ceci fera l’objet d’un effort conjoint entre les producteurs et l’état.

Quels sont les impacts positifs que cette mesure pourrait avoir sur les producteurs d’olives et sur l’économie tunisienne en général ?

À mon avis, fixer le prix à 15 dinars tunisiens le litre n’a eu aucun impact positif, surtout pour les producteurs. Ils considèrent que leurs productions sont vendues à un prix bien en dessous de leur valeur réelle, étant donné que le prix au kilogramme d’huile d’olive varie entre 20 et 25 dinars tunisiens. Cette décision a donc été très préjudiciable pour chaque exportateur cette année.

En ce qui concerne la cueillette des olives, pourquoi est-il si important de respecter les délais fixés par le ministère de l’Agriculture ?

Concernant la cueillette des olives, il est important de souligner qu’il s’agit de recommandations plutôt que d’obligations strictes. Respecter un délai approprié pour la cueillette, ainsi que pour le processus de transformation et de conditionnement, est crucial pour garantir une qualité optimale de l’huile d’olive.

Comment voyez-vous l’avenir de l’agriculture en Tunisie et son potentiel pour répondre aux défis environnementaux et économiques ?

L’avenir de l’agriculture en Tunisie dépend fortement de la politique. Nous devons nécessairement faire progresser notre pays grâce à nos secteurs agricole et touristique. Pour y parvenir, il est essentiel de suivre le rythme technologique, de se développer et de mener des recherches. C’est un impératif pour rester compétitif et être à la hauteur des autres pays producteurs dans tous les domaines.

Quels sont les principaux bénéfices de l’utilisation de semences 100% tunisiennes, adaptées aux changements climatiques, pour les agriculteurs ?

Il est bénéfique d’opter pour nos semences locales en raison de leur qualité renommée, notamment dans le domaine des céréales, reconnue à l’échelle mondiale. Cependant, le principal défi réside dans l’évaluation de leur coût par rapport à leur rendement. Il est légitime de se demander s’il est plus avantageux d’utiliser des semences importées, telles que celles des États-Unis, d’Europe ou de Russie, qui peuvent offrir des rendements supérieurs. Néanmoins, en investissant dans la recherche et le développement, nous pourrions améliorer le rendement de nos propres semences tunisiennes, renforçant ainsi notre compétitivité. Il est également essentiel de noter que nos semences, comme le blé dur, sont utilisées à l’étranger, soulignant ainsi leur valeur et l’importance de les promouvoir sur le marché international.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *